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Filosofía : Nous sommes tous cartésiens...
Enviado por sylvain el 6-Nov-2006 (9023 Lecturas)
Filosofía

Somos todo cartesianos… Nous sommes tous cartésiens...

Ceci est une réponse au commentaire de JLR sur "toujours tout droit"

« Ma seconde maxime était d’être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et de ne pas suivre moins constamment les opinions les plus douteuses, lorsque je m’y serais une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées. Imitant en ceci les voyageurs qui, se trouvant égarés en quelque forêt, ne doivent pas errer en tournoyant, tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, ni encore moins s’arrêter en une place, mais marcher toujours le plus droit qu’ils peuvent vers un même côté, et ne le changer point pour de faibles raisons, encore que ce n’ait peut-être été au commencement que le hasard seul qui les ait déterminés à le choisir : car, par ce moyen, s’ils ne vont justement où ils désirent, ils arriveront au moins à la fin quelque part, où vraisemblablement ils seront mieux qu’au milieu d’une forêt.[…]» Discours de la méthode (1637).

Justement, en tant que cartésien que nous sommes tous, je n'ai absolument rien contre Descartes. Sa métaphore de la forêt, dans la morale par provision, est extrêmement utile. C'est un principe difficile à ignorer dans tout nos problèmes pratiques. C'est d'abord le problème de la recherche de la vérité. Comment faire pour commencer à bien sa recherche ? Il s'agit de viser le chemin le plus probable, mais justement, perdu dans la forêt nous n'avons aucun indice pour choisir un côté plutôt qu'un autre. Nous devons donc nous résoudre à en choisir un "par hasard". Or cette morale par provision, est nécessairement utilisé par les hommes. Nous sommes condamnés à choisir, sous peine de mourir, comme l'âne de Buridan, de faim & de soif entre le picotin d'avoine et un seau d'eau. En ce sens cet morale est applicable.

Mais ce philosophe est fou, dis-je, car il nous a rendu fou. La logique moderne depuis Descartes, par opposition aux Anciens, à ouvert la voie à l'autodétermination de nos propres valeurs. Auparavant, l'homme commun se dépossédait de sa capacité à dire le bien, le vrai et le beau, au profit d'une autorité supérieure. Puis vint cette phrase qui bouleversa l'humanité : "la raison est la chose la mieux partagé de par le monde". Chacun a le degrés de raison nécessaire pour savoir se diriger par lui-même. Nous sommes les maitres de nos vies.

Or ce subjectivisme qui découle du doute cartésien conduit proprement au doute généralisé de notre société moderne. Je doit tout inventer par moi même, je suis condamné à choisir qui je suis, à être le responsable de mes succès & de mes échecs, à "vivre libre"... Je dois déterminer par moi-même mes valeurs éthiques, épistémologiques et esthétique. Sommes toutes, l'homme moderne est condamné au choix & donc par là même au doute. Nous sommes passés du "dubito ergo sum" (je doute donc je suis) au "sum ergo dubito". Or ce doute nous entraine à être, comme le dit Hegel, une "conscience malheureuse". Nous sommes par là même inquiet : le malaise dans la civilisation de Freud ou l'angoisse face à projection dans l'être chez Heidegger témoignent de ce sujet cartésien moderne.

Revenons donc à notre forêt, où nous sommes encore pour l'instant perdu. D'une part, cette morale de la nécessité d'un choix par défaut entraine des complications non dans l'application (nous devons choisir & à chaque instant nous choisissons : "légume ou frite ?") mais dans la constance supposé. La métaphore de la forêt est éclairante : Descartes, contre mes dires, s'est surement perdu dans les bois de touraine ou d'hollande & tout le fort de cet maxime se trouve justement ici. Choisir certes oui, mais pour combien de temps ? Marcher tout droit d'accord, mais comment faire après que Descartes eu changé notre monde. Il nous rend notre liberté mais nous rend triste & inquiet par la même occasion. Nous désirons mais nous ne pouvons garder le cap, car aussitôt comblé il change de direction. Descartes par le monde qu'il ouvre nous empêche d'être Spinoziste et de désirer rectilignement ce qu'on a.
L'homme inquiet s'engouffre donc dans des réponses rassurantes, qui sont mis au jour, presque de façon prophétique, par Tocqueville. D'une part la nécessite d'un choix "démocratique" individuel nous conduit à s'en remettre à un jugement collectif. Je me dépossède de ma souveraineté au profit de l'opinion commune. Ainsi l'homme moderne devient conformiste, au niveau du vrai, du bien et du beau. Pour être sûr de ne pas me tromper & au risque d'être ridicule, autant faire comme tous le monde. D'autre part l'homme tente de répondre au doute qui l'habite par une attitude matérialiste : celle décrite par Georges Perec dans Les Choses. Pour combler un vide spirituel, une incomplétude à être-là ou encore une incertitude à devenir, l'homme se plonge dans le consumérisme. Suis-je le seul à être (ré-)conforté dans mon être après quelques emplettes ? La nécessite de devoir se définir soi-même nous tétanise, nous angoisse & nous vide. Avoir devient une réponse à l'être.

C'est pourquoi nous nous perdons maintenant dans les chemins balisés, soit du politiquement correct, soit du correctement comblé. Les réponses au vide qui nous habite ne nous rendent finalement pas plus heureux, et décalent juste un peu le manque à être qui nous caractérise. Ainsi la rue de la Liberté est bel & bien (mal) barrée, mais l'on peut toujours continuer par le rétrécissement de la voie, puis prendre à droite par deux fois en passant par la rue Pastorelli, puis rouler "tout droit" pour enfin prendre un train & s'échapper...

--
Sylvain M.
Urbanité - Actualités Internationales autour du développement dans les pays du sud

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Autor Hilo
invité(e)...
Enviado: 6/11/2006 18:51  Actualizado: 7/1/2008 3:08
 Re: Nous sommes tous cartésiens...


Voilà un bien bel éclairage sur notre Descartes national, et surtout tu as le mérite d'insister sur le fait qu'il est l'inventeur de notre conscience et de notre monde moderne, c'est l"initiator des temps modernes" aux dires de Husserl...

Reste que le dilemme de l'âne de Buridan ne se laisse pas solder par la théorie de la morale par provision. En d'autres termes, il n'est pas sûr que nous puissions nous déterminer à foncer au hasard dans la forêt. Je crois en effet qu'il y a eu des logiciens (dont, il me semble, Russell) pour démontrer que, entre deux objets A et B, si A et B ne se distinguent absolument en rien, un choix est impossible. Je crois aussi qu'un prélude à cette réflexion existe chez Leibniz, dans sa théorie du choix par calcul mathématique. A creuser...

D'autre part, une autre question me turlupine : est-ce que le remplacement moderne que tu constates de l'être par l'avoir, provoqué par le caractère insupportable de l'angoisse (ou du malaise, ou de la crise, etc) est un développement nécessaire de l'histoire de la conscience, ou les choses auraient-elles pu se passer différemment ? C'est finalement la question de savoir si la société de consommation, dont on voit bien qu'elle utilise nos peurs à plein régime (publicité par exemple, cultes divers - performance, concurrence, ...) constitue la réponse logique à cette crise du sens et des valeurs humains. Le "socialisme dans tous les pays", avec son désir de construire le "paradis sur terre", a constitué une autre réponse, axée sur l'être et non sur l'avoir, en une véritable nouvelle religion entendant établir des valeurs et du sens. Avec le succès que l'on sait...

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