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Philosophie : "La Puissance des Pauvres" de Majid Rahnema et Jean Robert
Posté par flo le 9-Feb-2009 (5126 lectures)
Philosophie

La Puissance des Pauvres
Majid Rahnema et Jean Robert
Actes Sud, Paris 2008


Cette nouvelle année démarrant timidement, j’entrepris sans véritable engouement, la lecture d’un livre qui de premier abord paraissait totalement anodin, mais qui s’est rapidement révélé édifiant. S’imbriquant parfaitement dans le contexte du Forum Social Mondial qui a lieu actuellement à Belem (Brésil), cette œuvre est le fruit d’une rencontre entre deux grands esprits et praticiens de notre temps : Majid Rahnema, Iranien, ancien ministre de l’enseignement dans son pays et longtemps coopérant pour l’UNESCO et Jean Robert, architecte des pays du sud et anarchiste de longue date. Cette coopération, réalisée grâce au génie d’un autre allumé du siècle dernier, Ivan Illich, propose une indispensable et intense réflexion sur la place de la pauvreté et du développement dans la société moderne.

Qu’est ce que la pauvreté ?

Contre toute attente, c’est un dialogue qui introduit ce livre. Dialogue entre ces deux hommes dont les voix s’élèvent rapidement contre les chantres du néolibéralisme et toute leur panoplie d’experts internationaux, employés à mettre en oeuvre les programmes de développement dans les pays qu’ils désignent selon leurs propres termes: En voie de développement, émergents ou sous-développés, c’est selon les chiffres.

Les classifications traditionnelles qui définissent la pauvreté à travers des données mathématiques (ex : moins de 1 ou 2 dollars par jour) est absolument impertinente devant les réalités anthropologiques. Nos deux acolytes nous invitent à revoir et revaloriser cette notion en lui apportant des attributs sociologiques et philosophiques trop souvent ignorés. La pauvreté dans laquelle a depuis toujours vécu l’essentiel de l’humanité est une pauvreté conviviale, voire même volontaire [1]. Dans les deux cas, elle s’inscrit dans un monde socialisé où les valeurs, les normes et les croyances s’imbriquent dans une représentation cosmologique harmonieuse, qui réuni directement l’homme à son environnement. Cette représentation constitue l’épistémè des individus chez Foucault [2].

La remise en cause de cet épistémè consentit et équilibré résulte généralement de l’introduction d’êtres et de savoirs-êtres extérieurs, générant des transformations irréversibles voire des destructions au sein même des sociétés vernaculaires. A travers ses techniques et sa logique, la société démocratique industrielle procède à une destruction généralisée de cet épistémè, généralisant une pauvreté d’un autre type : la misère. Concernant les pauvres comme les riches, ce phénomène a pris des proportions inestimables ces dernières décennies. Le développement est un Janus à deux faces...

L’éthique chez Spinoza :

Face à cette constatation nos deux compères s’érigent contre les théories développementistes des deux derniers siècles (qu’elles fussent d’inspiration libérale, socialiste ou communiste) et en appellent à la philosophie, notamment à certains de ses plus éminents représentants : Michel Foucault, Gilles Deleuze et surtout Baruch Spinoza. Ce dernier, le « plus philosophe des philosophes [3]», véritable lumière avant l’heure (il vécut au XVIIème siècle), définissait l’homme selon une dichotomie fondamentale : la Puissance (potencia) et le Pouvoir (protestas). Chaque individu serait en effet doté de ces deux attributs variables en fonction des caractéristiques internes propres à chacun (confiance, éthique…) et externes (ordre, morale….). « La puissance, immanente de chaque individu, est le fruit d’une maîtrise et plénitude intérieure tandis que le pouvoir, d’origine exogène, est l’exercice d’une force d’intervention sur les autres ». Le pouvoir étant bien souvent l’expression d’un manque de puissance. Selon lui, l’homme se doit d’explorer et de renforcer sa puissance intérieure afin de se libérer des émanations malsaines de son pouvoir.

Ce travail s’établissant à travers la construction d’une éthique endogène qui serait bâtie sur un équilibre entre la nécessité et la liberté, autrement dit entre la raison et le désir propre à chacun. C’est donc une société révolutionnaire qui est décrit ici, un ensemble d’individus sans pouvoirs qui se régiraient d’eux-mêmes autour de leur propre raison. L’immanence de leur propre puissance étant le pilier même de leur existence. L’ordre et la morale seraient effacés au profit d’une raison suffisante qui régulerait d’elle-même les effets pernicieux du désir.


La puissance des pauvres

Face au pouvoir aliénant de la société occidentale, nos deux compères parient donc sur la résurgence des puissances des pauvres et défendent un retour à la pauvreté véritable et consentie (comme le prônait Gandhi à son époque [4]) en se restructurant autour des piliers des sociétés vernaculaires. De nombreuses expériences basées sur ces principes sont actuellement en pratique dans divers endroits du monde. Pour ne nommer qu’eux : les néozapatistes du Chiapas, les sans-terres du Brésil, ou encore les indiens du mouvement Janadesh. On ne parle alors ni de révolution, ni d’utopie, mais de désirs révolutionnaires et surtout, de Réalité.

---
Notes de bas de page :

[1] Voir page 46
[2] Michel Foucault, les mots et les choses, une archéologie des sciences humaines, Paris, 1966, p.179
[3] Gilles Deleuze, Spinoza. Philosophie pratique, Paris, 2003, p.174
[4] Un chapitre du livre est totalement dédié à l’illustre révolutionnaire indien : Ghandi ou la puissance des pauvres, p. 125

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Auteur Conversation
flo
Posté le: 9/2/2009 20:25  Mis à jour: 9/2/2009 20:25
Membre
Inscrit le: 9/2/2009
De:
Envois: 3
 "La Puissance des Pauvres"
simons
Posté le: 10/2/2009 1:51  Mis à jour: 10/2/2009 1:51
Membre
Inscrit le: 25/8/2008
De:
Envois: 1
 Re: "La Puissance des Pauvres" de Majid Rahnema...
Ton article m'a donné envie d'en savoir un peu plus sur ce philosophe :

Majid Rahnema a écrit un premier livre :
"Quand la misère chasse la pauvreté"
http://sisyphe.org/spip.php?article480

Pour vous donner rapidement envie d'explorer cet auteur à travers ses deux livres, je note ici deux citations qui m'ont particulièrement marquées, dans la même idée que l'article de flo :

"Si l'individu atomisé des sociétés modernes mise sur la seule " valeur " matérielle pour se protéger des mauvaises surprises de la vie, c'est qu'il dépend de plus en plus d'un environnement qui l'a privé de tous les liens sociaux dont jouissaient ses ancêtres"

"L’espoir d’un véritable changement ne peut venir que des résultats d’une patiente " révolution intérieure ", une révolution permettant à un nombre de plus en plus important d’acteurs sociaux de porter un regard nouveau sur leurs propres pauvretés et richesses. Seule cette vision les conduirait, non seulement à ne plus participer à la production de la misère, mais aussi à comprendre tout le bénéfice qu’il y aurait à réinventer les grandes traditions de simplicité et de convivialité en les adaptant aux exigences de la vie moderne."

Dans notre actualité récente, où, de gauche comme de droite, on ne parle plus que de défendre le pouvoir d'achat et relancer la croissance, les idées défendues par ce philosophe font tâche... Pourtant, comme il dit "contrairement aux apparences, l’on assiste aujourd’hui à la naissance d’un monde souterrain beaucoup plus disposé qu’on ne le pense à partir à la recherche d’alternatives jamais encore rêvées."
Je remarque en effet que cette idéologie se rapproche énormément de celle des écologistes qui nous parlent de plus en plus du besoin de "décroissance", je la retrouve aussi dans les discussions sur la crise actuelle et sur le monde que noue allons devoir reconstruire afin de ne plus jamais voir cela.

Alors, sommes nous en train de nous diriger vers de nouvelles aternatives à la croissance, allons nous réinventer la production économique ?!

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