RaciNes...

Suivez l'Arbre@Palabre

Rss de l'Arbre à Palabre     Twitter de l'Arbre@Palabre     Suivez l'Arbre@Palabre sur Facebook


Connexion

...en ligne
9 utilisateur(s) en ligne (dont 5 sur Brèves)

Membre(s): 0
Invité(s): 9

plus...

Actualités autour du monde Editorial de l'Arbre à Palabre Faire-Part & faire découvrir Politique Radio 2àP Revue de Presse Arts Cinéma Musique Poésie & Littérature Viticulture & œnologie Pensées Débat Philosophie Rencontre Sciences
Philosophie : L’homme et la ville - Henri Laborit, 1971
Posté par flo le 9-Jun-2009 (7297 lectures)
Philosophie

L’homme et la ville
Henri Laborit, 1971


A la fin des années 60, des étudiants de l’école d’urbanisme de Nanterre convient Henri Laborit, biologiste, neurochirurgien et philosophe du comportement, à discuter autour des liens entre biologie et urbanisme. Rédigé en 1971, ce livre reste d’une actualité déconcertante. Même si il traite principalement des questions d’évolution biologique, les réflexions et analyses traitées débordent d’enseignements pour le converti comme pour le profane.

Ce livre, comme beaucoup d’œuvres écrites par Henri Laborit , accusent d’un anti conformisme viscéral dont l’auteur s’enorgueillit au travers de ses propres expériences scientifiques. La majeure partie du texte s’attache à nous montrer que les caractéristiques de l’organisation biologique (hiérarchie entre cellules, information, énergie) depuis les origines de la vie jusqu’à aujourd’hui poursuit une évolution particulièrement régulée et déterminée, analogue à l’organisation des groupes humains en société, et qu’en ce sens la biologie regorge de savoirs fondamentaux qui pourraient être utilisés par les fabricants des espaces où s’agglomèrent ces groupes ensemble, à savoir la ville. Même si la question urbaine est en fin de compte un peu obstruée par ces questions d’évolution, la proposition de croisement sectoriel entre biologie, sociologie et urbanisme est tellement rare qu’elle mérite de s’y attarder.

De la cellule à la mégalopole

Henri Laborit nous plonge donc dans ce milieu obscur et méconnu de la biologie neurocellulaire par une étude des questions d’apparition et d’évolution de la vie, à savoir si celle-ci est apparue de manière aléatoire ou si, fruit de la réunion de certaines conditions, elle devait inévitablement voir le jour. L’auteur prend clairement partie pour cette dernière thèse. Les conditions réunies à la création de la vie sur la terre (atome carbone, oxygène, énergie électromagnétique) étaient telles, qu’elles devaient aboutir inexorablement à la formation de matière organique vivante. Durant toutes les étapes de mutations biologiques connues à ce jour (formes anaérobiotiques, êtres unicellulaires, pluricellulaires…) la vie se serait donc épanouie à travers des associations, symbioses et combinaisons entre molécules qui, en se hiérarchisant progressivement au sein du système cellulaire (système nerveux, organes sensoriels, organes moteurs) permis d’atteindre le niveau d’organisation et de complexification extrême qui nous caractérise aujourd’hui. La vie serait donc la conséquence inexorable des combinaisons multifactorielles à laquelle l’invariance génétique serait forcément soumise.



La ville suit ce processus. La fin de l’ère paléolithique voit un développement des techniques agricoles (irrigation, sélection des semences, élevage du bétail) qui permet à l’homme de produire plus que ses propres besoins, donc de stocker et de vendre ce surplus. On assiste progressivement à l’organisation d’une nouvelle société dont certains de ses membres, dispensé du travail agricole, se spécialisent dans l’artisanat, l’armée ou le commerce et se regroupent au sein d’agglomérations d’habitats qui s’articulent autour du marché et dispense une sécurité contre les dangers extérieurs (fauves, tribus…). A la recherche de la sécurité pour permettre le commerce et accroitre le profit, l’homme poursuit inexorablement cette logique jusqu’à nos jours.

Avec la généralisation de la propriété privée, qui est par ailleurs biologiquement infondée car la vie n’existerait pas sans soleil ni oxygène et toutes les molécules que l’homme s’approprient dépendent intégralement de ces éléments qui n’appartiennent à personne, on assiste progressivement à la mise en place d’une hiérarchie organisée socialement et économiquement à l’instar de la structure neurobiologique humaine. En agrandissant un peu l’échelle ça donne…

Les hiérarchies neurobiologiques

Le cerveau humain s’organise dans trois grandes cavités cérébrales. La première est comblée par le cerveau reptilien, qui nous habite depuis quelques millions d’années. C’est lui qui, avec sa partie active nommée hypothalamus, réagi aux pulsions : la faim, la soif et nos pulsions sexuelles. Une seconde partie de notre cerveau est réservée au système limbique, entendez par là le cerveau des vieux mammifères qui renferme tous les acquis socios-culturels obtenus par apprentissage. Codes, normes et savoirs acquis au sein de notre niche environnementale s’y sont progressivement accumulés. La dernière cavité, qui est la seule véritable caractéristique cérébrale propre à l’homme, est le néocortex et avec lui son lobe orbito-frontal qui permet, avec l’aide de son système limbique ou il puise les informations, de se projeter dans l’imaginaire. C’est ce qui lui permet d’inventer et de créer et qui est à l’origine de sa formidable évolution.

A l’instar de cette typologie, Henri Laborit décrit la société organisée autour de trois types d’hommes. A l’époque paléolithique, les chefs de clans étaient généralement les plus violents, les plus agressifs, ceux qui étaient à même de protéger leur tribu et qui utilisaient le plus efficacement leur cerveau reptilien. Ce sont eux qui ont donc probablement pris le contrôle de la société, ainsi que des villes qui grossissaient, à la recherche insatiable du pouvoir. L’autre type d’homme est loyal et intègre, il respecte les normes et se fait quotidien appeler « monsieur tout le monde ». En utilisant principalement son système limbique, monsieur tout le monde participe activement à la reproduction de son espèce mais ne fait en aucun cas évoluer la société dans laquelle il vit. Les seules personnes qui participent à l’évolution de l’espèce humaine sont les personnes qui font travailler leur lobe orbito-frontal. On y retrouve principalement les hommes d’arts et de sciences. C’est au sein de ces deux domaines que l’évolution s’opère.

Et la ville là dedans ?




L’homme, comme toutes les autres espèces n’existe que pour entretenir le maintien de sa propre structure. Dans le but de maintenir sa domination et les hiérarchies instituées, l’homme utilise des moyens informatifs et éducatifs qu’il regroupe afin d’obtenir le maximum de profit. La ville possède ce rôle intrinsèque d’accumulation de capital et de pouvoir. Elle est le lieu de consommation par excellence : publicité, mode, vitrines. Elle possède le privilège de la production et la distribution de normes, de codes et de langages institués dans le seul objectif de maintenir la structure des dominants. De nombreuses études ont montré comment le Paris de Haussman fut construit pour valoriser le foncier (autour des places, le long des avenues), faire circuler l’argent (les longs boulevards), hygiéniser la ville de ses déchets et de ses indigents. Les villes américaines possèdent également une structure très ségrégative où l’espace public est minimisé et la propriété individuelle exacerbée. La structure urbaine est organisée socialement dans l’espace : le centre délabré, les faubourgs pour les classes moyennes et les cités dorées pour les riches. En Amérique, l’urbanisme n’existe que pour permettre la plus optimum reproduction des classes dominantes. La diffusion du capitalisme à l’échelle planétaire reproduit cette structure invariable au sein de chaque société.

Et alors quoi ?

L’espèce humaine, comme les cellules, les organismes vivants, les classes sociales, les villes, s’organisent et se régulent dans le seul but de permettre leur propre maintient. Toute l’histoire de l’évolution se retrouve dans ce schéma implacable. A l’époque préindustrielle l’homme avait besoin du groupe pour vivre, aujourd’hui la technologie l’a libéré de cette dépendance. La théorie Saint-simonienne s’est réalisée, cependant au lieu de développer son lobe orbito-frontal qui lui permettrait de faire avancer son espèce en imaginant et créant, l’homme continue d’utiliser son cerveau reptilien et son système limbique afin de maintenir sa domination sur les autres hommes et sur la nature.

Ce système aliénant provoque chez l’homme de nombreuses réactions psychosomatiques (angoisse, mal être, stress…) qui sont à l’origine des suicides, des maladies mentales, des prises de drogues, d’anxiolytique qui caractérise la société postindustrielle plus que d’autres. Selon l’auteur, ces comportements constituent une fuite de l’individu devant la société. Cette question fera l’objet d’un essai qui le rendra célèbre: l’éloge de la fuite.

   Bookmark and Share               Format imprimable Envoyer cet article à un ami Créer un fichier PDF à partir de cet article
Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Conversation

Langues

Info Articles
News Totals: 178
N°bre Catégories: 16
News lues: 634929

Les Dernieres News
· 1: Le mythe économique comme réalité illusoire
[Lectures: 1827]
· 2: Juste pour le plaisir... Une petite citation
[Lectures: 1324]
· 3: Choisir son maître n'est pas une liberté
[Lectures: 868]
· 4: L'invention de la crise, escroquerie sur un futur en perdition
[Lectures: 1129]
· 5: Pour conclure - Finalité et intentionnalité
[Lectures: 1289]
· 6: III - Expliquer, c’est répondre à la question « pourquoi ? »Et les anciens semblent avoir une réponse plus rationnelle - Finalité et intentionnalité
[Lectures: 1249]
· 7: II - Quel est le pourquoi de l’esprit ? Comment penser l’émergence des phénomènes mentaux ? - Finalité et intentionnalité
[Lectures: 1215]
· 8: I - Quelques platitudes et généralités : Rapide historique - Finalité et intentionnalité
[Lectures: 1463]
· 9: Finalité et intentionnalité : Enquête sur l’interconnexion des problèmes de philosophie de la nature et ceux de l’esprit
[Lectures: 2595]
· 10: Références bibliographiques - Il faut lire Frédéric Lordon
[Lectures: 1398]

Les + Lues
· 1: Comment faire du vin soi-même ?
[Lectures: 138264]
· 2: La récupération commerciale de l’image de Che Guevara
[Lectures: 16035]
· 3: Harmonie Chaotique
[Lectures: 13698]
· 4: Adentro
[Lectures: 13044]
· 5: ¿Cuál es la diferencia entre República y Democracia?
[Lectures: 11695]
· 6: Comment choisir son vin ?
[Lectures: 11475]
· 7: Se solicita inspiración
[Lectures: 10502]
· 8: Somos todos cartesianos…
[Lectures: 10458]
· 9: Nous sommes le monde en devenir
[Lectures: 9980]
· 10: Doña Eulalia
[Lectures: 9620]

Derniers commentaires