RaciNes...

Suivez l'Arbre@Palabre

Rss de l'Arbre à Palabre     Twitter de l'Arbre@Palabre     Suivez l'Arbre@Palabre sur Facebook


Connexion

Actualités autour du monde Editorial de l'Arbre à Palabre Faire-Part & faire découvrir Politique Radio 2àP Revue de Presse Arts Cinéma Musique Poésie & Littérature Viticulture & œnologie Pensées Débat Philosophie Rencontre Sciences
Philosophie : I - Faire faire : La servitude volontaire n’existe pas - Il faut lire Frédéric Lordon
Posté par pascale le 20-Jul-2011 (1905 lectures)

Il faut lire Frédéric LordonI - « Faire faire : La servitude volontaire n’existe pas »

La répétition de l’expression "servitude volontaire" amène Frédéric Lordon a postuler que c‘est un « relatif dénuement conceptuel qui conduit, faute d’autre chose, à ressasser la formule de la « servitude volontaire », oxymore sans doute suggestif mais qui, en soi (et indépendamment de l’œuvre éponyme) cache à peine ses malfaçons – celles mêmes d’un oxymore quand il s’agit de passer du poétique au théorique »(13). Pour lui, et contrairement aux vœux mêmes de ses propagateurs, la notion ressortit aux présupposés des nouvelles formes de management et d’organisation du travail, en laissant « les faits de « consentement » (là où ils existent) déstabiliser les concepts d’exploitation, d’aliénation et de domination » qui se voient « perturbés par les nouvelles tendances managériales qui « motivent », promettent « épanouissement au travail » et « réalisation de soi ». Plus encore à son sens, ce ressassement évoque une idée reçue - non pensée hors du champ des spécialistes, voire à l’intérieur même de ce champ - et risque, faute de « savoir exactement ce que consentir veut dire », d’être instrumentalisée en faveur d’une conception de l’homme stratège et maitre de ses intentions. S’il reconnait que la position des spécialistes qui, au départ, utilisent l’expression, est fondée sur une volonté de dénonciation de pratiques managériales délétères, pour lui, l’absence de fondements réflexifs la limite à n’« avoir d’autre portée que celle (…) d’un appel à un soulèvement de la conscience, ce qui n’est déjà pas mal », par défaut de recherche des causes de cet état de fait au travail, et plus précisément dans le rapport salarial.

L’ introduction de "Capitalisme, désir et servitude" replace rapidement l’expression dans son historicité : elle est tirée du titre d’un essai politique de La Boétie – "Discours sur la servitude volontaire" - appartenant à ce que la tradition appelle « philosophie politique », rédigé entre 1546 et 1555 et se plaçant, un siècle avant Spinoza, dans un mouvement de réflexion sur l’homme et ses organisations sociales.

Or, que dit La Boétie, dont Lordon précise que son « essai vaut mieux que son titre » ?(14)

Il s’étonne tout d’abord de la capacité humaine à supporter la soumission sans se révolter, alors que la puissance du nombre est supérieure à celle du tyran : « Chose vraiment étonnante — et pourtant si commune qu’il faut plutôt en gémir que s’en ébahir, de voir un million d’hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient pas redouter — puisqu’il est seul — ni aimer — puisqu’il est envers eux tous inhumain et cruel. Telle est pourtant la faiblesse des hommes : contraints à l’obéissance, obligés de temporiser, ils ne peuvent pas être toujours les plus forts. » (15)

La thèse va donc tenter de comprendre cet étrange « vice » (« Quel est ce vice, ce vice horrible, de voir un nombre infini d’hommes, non seulement obéir, mais servir, non pas être gouvernés, mais être tyrannisés »), tout en comparant cet état de soumission avec les « extraordinaires récits de la vaillance que la liberté met au cœur de ceux qui la défendent ». Elle conclut sans ambiguïté que c’est la recherche de la liberté qui est naturelle à l’homme et qu’il est « bien inutile de se demander si la liberté est naturelle, puisqu’on ne peut tenir aucun être en servitude sans lui faire tort : il n’y a rien au monde de plus contraire à la nature, toute raisonnable, que l’injustice. La liberté est donc naturelle ; c’est pourquoi, à mon avis, nous ne sommes pas seulement nés avec elle, mais aussi avec la passion de la défendre ».

Alors ? Trois raisons à la servitude, pour la Boétie : la « première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude » par répétition de l’héritage du passé. La seconde raison, conséquence de la première est la lâcheté, avec, comme cause non tant la peur que le confort : « sous les tyrans, les gens deviennent aisément lâches » et les tyrans y ont tout intérêt, d’où leur « ruse (…) d’abêtir leurs sujets ». Cet art de gouverner repose avant tout sur l’aptitude à combler ses sujets de plaisirs faciles : « le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles (…) et autres drogues de cette espèce » sont « les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie [des] peuples abrutis ». Enfin, vient ce qui est présenté comme le véritable « ressort et le secret de la domination » : une organisation sociale très hiérarchisée, structurée en une infinité de niveaux interdépendants où tous sont à la fois dominés et dominants : dominants afin qu’ils « exercent à point nommé et fassent d’ailleurs tant de mal qu’ils ne puissent se maintenir que sous l’ombre [des tyrans]» et dominés pour qu’« ils ne puissent s’exempter des lois et des peines que grâce à leur protection ». Le système fonctionne donc grâce à la démultiplication des niveaux hiérarchiques : « Grande est la série de ceux qui les suivent (…) par cette chaîne ininterrompue qui les soude et les attache ».

Remplaçons « tyran » par « top management » et l’on a la description des nombreuses structures professionnelles, publiques ou privés, et de l’organisation du travail qu’elles ont mis en place. A la lecture de ce texte du milieu du XVI° siècle, on ne peut que penser : « rien de nouveau sous le soleil ».

A le relire, on s’apercevra que la Boétie non seulement ne conçoit pas les organisations sociales aliénantes comme étant en quelque sorte « naturelles », tout au contraire, ni l’asservissement comme un principe intrinsèque à la condition humaine, mais qu’il décrit des structures sociales pensées pour asservir et parfaitement organisées dans ce but.

En tout état de cause, « l’essai vaut mieux que son titre », ou tout au moins dit quelque chose de plus, ou de différent, et ne se réduit pas à l’expression éponyme. Celle-ci, d’ailleurs, sert avant tout « d’accroche », facilement mémorisable, grâce à la charge poétique de l’oxymore, alliance de deux antonymes dont le "Gradus" nous rappelle qu’il s’agit d’un rapprochement de « deux idées qui semblent incohérentes » - ici la soumission et la volonté – où, « quand l’alliance de mots se double d’une opposition de sens (…), il y a aussi alliances d’idées » contradictoires.(16) Le procédé est commun en poésie comme dans la publicité… Or la force de l’oxymore réside avant tout dans son étrangeté, par la juxtaposition d’antonymes, qui déclenche une réception ambigüe d’interrogation sur le sens. Par ailleurs, le deuxième terme est toujours davantage mis en valeur : de « l’obscure clarté », on retiendra surtout la luminosité, étonnamment qualifiée par ailleurs ; de la servitude volontaire, essentiellement la qualité d’auto-détermination.

Lordon propose donc, comme clés de lecture, d’utiliser (et de revisiter) les outils conceptuels du spinozisme pour reprendre les catégorisations marxistes des rapports de travail. Pour cela, il reprend en premier lieu le conatus spinozien (du latin conor : commencer, entreprendre), effort par lequel chaque chose va poursuivre son unique but de persévérance dans l’être, « énergie fondamentale qui habite les corps et les met en mouvement »(17) , principe de mobilisation et force d’agir. L’énergie du conatus est l’énergie qui va amener à s’activer à la recherche des objets du désir, étant entendu que « la généralité des désirs accueille (…) toute la variété des intérêts, depuis l’intérêt le plus ouvertement économique (…) jusqu’à l’intérêt moral, symbolique ou psychique » (18).

Le patronat est donc « l’enrôlement » , c’est-à-dire la puissance d’emmener d’autres puissances dans la poursuite de son désir à soi, et le patron est stricto sensu celui qui réussit à « faire faire » - puisque l’entreprise nécessite des collaborations - et obtient non seulement des processus collectifs de production mais aussi les produits de l’activité commune. Le patronat - dans tous les sens du terme, y compris hors de l’entreprise - est donc une « capture » de l’effort des enrôlés. Ayant posé que « le rapport salarial est d’abord un rapport de dépendance », et s’opposant en cela aux théories contemporaines à base d’idéologies de « réalisation de soi»(19) , Frédéric Lordon en rappelle la base marchande : « l’argent est devenu le condensé de tous les biens » [Spinoza, "Ethique", Appendice, chapitre XXVIII]. Ainsi, dans le salariat, « le désir de persévérer matériellement-biologiquement est déterminé comme désir d’argent qui est déterminé comme désir d’emploi salarié » (20) .

Mais le conatus-désir, « pur élan sans direction définie » n’est pas, pour Spinoza, induit par des objets qui seraient en eux-mêmes désirables, ceux-ci n’ayant pas de valeur propre ; il investit ces objets et les « institue comme objets de désir »(21) , notamment à travers des médiations sociales. Cet élan, par la rencontre avec des objets (affectation), a pour conséquence des « effets tristes ou joyeux » (affects).

Dans ce jeu du conatus (désir), des affectations (rencontres) et des affects (effets de ces rencontres), « rien, absolument rien, qui soit de l’ordre d’une volonté autonome, d’un contrôle souverain ou d’une libre auto-détermination » (22) .

La question du consentement – et son lien avec le consentement à servir, cette "servitude volontaire" dont Frédéric Lordon nie avec impertinence l’existence - est pourtant sérieusement étudiée dans différents champs épistémologiques, comme en témoignent par exemple l’approche sociologique des travaux de Jean-Pierre Durand, dans "La Chaîne invisible. Travailler aujourd’hui : flux tendu et servitude volontaire" [Durand, 2004], ou l’approche psychopathologique et psychanalytique de Roland Gori sur « L’évaluation comme dispositif de servitude volontaire » [Gori, 2011](23) . On voit ici que sont juxtaposés dès la présentation et, partant, mis sur le même plan, des éléments objectivables et techniques - évaluation, flux tendu - et une notion dont on peut penser au minimum qu’elle est porteuse d’ambigüité, comme le veut sa nature antiphrastique. Or cette objectivation implicite n’est pas sans conséquence sur la réception du concept : aussi observable que les divers process en vigueur dans le monde du travail, aussi reconnu par les spécialistes, aussi réel…

Les travaux de Christophe Dejours relatifs au travail posent pour leur part, en 1998 - première édition de "Souffrance en France. La banalisation de l’injustice sociale" - la notion d’«acceptation du sale boulot », c’est-à-dire de « l’enrôlement des « braves gens » (…) dans l’accomplissement du mal et de l’injustice contre autrui »(24) . Christophe Dejours y présente l’étude par Annah Arendt de la problématique de Eichmann, à la fois criminel nazi et « homme ordinaire », dans "Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal" (25) . Il reprend notamment dans la conclusion de Annah Arendt, la conception de « banalité du mal ». Il précise cependant que, dans le monde du travail, la banalisation du mal n’est pas « initiée par des motions psychologiques [mais] par la manipulation politique de la menace de précarisation et d’exclusion sociale »[Dejours, 1998](26) . On voit qu’ici la question du consentement, si elle repose sur un acte de la personne, est avant tout posée en termes d’acceptation d’une contrainte extérieure, subie – qui se présente sous forme de « menace » explicite ou implicite de perte d’emploi et de relégation. Cette acceptation – accord donné sans réelle adhésion, et parfois proche de l’obéissance - ressortit donc à la domination, non par la violence directe mais néanmoins par la force, en tout cas en raison de la créance en un risque possible. La préface à la réédition de Souffrance en France, en 2008, déplace l’idée d’une acceptation contrainte telle que définie préalablement vers un présupposé fondé sur la tolérance au mal, et même sur le libre-arbitre : « le problème principal ici posé est celui de la tolérance incroyable de nos contemporains aux progrès de l’injustice sociale en régime libéral ». Christophe Dejours a intégré la notion de "servitude volontaire" en ce qu’elle repose, précisément, sur la volonté individuelle et collective et même sur la « liberté de la volonté » puisqu’il précise que « le travail vivant repos[ant] sur la liberté de la volonté (…), ce livre procède à l’examen des voies spécifiques qu’empruntent la servitude volontaire dans le contexte du système néolibéral »[Dejours, 2008](27). La "servitude volontaire", citée sans guillemets ou référence, est devenue une évidence.

Sociologues, psychologues et psychanalystes semblent donc unanimes sur la question : la servitude volontaire existe et ils l’ont rencontrée ; nombreux sont les thèses et articles scientifiques qui lui sont consacrés(28) . Il faut décidément être « très bourdieusien » pour suspecter cette unanimité … D’autant plus que Christophe Dejours, répondant aux controverses que son ouvrage a suscité entre 1998 et 2008, précise que « beaucoup d’auteurs, qui s’efforcent eux-aussi, de leur côté, de tenir des positions critiques, contestent radicalement que les gens qui souffrent aujourd’hui des nouvelles formes d’organisation du travail puissent en même temps être pour une part les artisans du succès de ce système qui les broie », renvoyant ces positions à une « apologétique victimologique »(29).

Même si, dans « Servitude volontaire ou désubjectivation ? », Éric Hamraoui interroge déjà le concept, et plus précisément son instrumentalisation possible, considérant qu’il est possible que l’usage des « concepts de servitude et d’aliénation volontaires (…) empêche de caractériser la singularité du rapport de l’individu au pouvoir au sein des nouvelles organisations du travail et de la société » [Hamraoui, 2010] (30) ; même si Christophe Dejours lui-même, dans la conclusion de "Travail vivant", en 2009, déplace quelque peu le sens de l’expression en lui donnant comme définition davantage une faiblesse - une « défaillance de la volonté » - qu’une véritable détermination volontaire et consciente à agir [Dejours, 2009](31) , Lordon, malgré sa verve provocatrice et ses références à la sociologie critique, serait-il un nouveau porte-parole de l’apologie victimaire ?

Mais, nous rappelle benoîtement Frédéric Lordon, la situation n’est pas nouvelle : « rendre les dominés contents est pourtant l’une des plus vieille recette de l’art de régner » ! Le travailleur, qu’il se sente « mobilisé ou vaguement réticent », qu’il s’engage « avec enthousiasme ou à contrecœur » est toujours « déterminé à entrer dans la réalisation d’un projet (d’un désir) qui n’est pas d’abord le sien » et il est toujours, voire plus que jamais, nécessaire de penser et de discuter « ce que sont l’exploitation et l’aliénation » dans le rapport salarial : quand certains salariés « semblent faire mieux que s’accommoder de leur situation », on risque d’oublier que cette capacité à obtenir la collaboration des hommes à la construction de leur propre malheur, quelque soit par ailleurs leur degré d’adhésion, est « un très sûr moyen de faire oublier la domination » (32). Par ailleurs on pourra ajouter, tout aussi naïvement, que le moins que l’on puisse dire, en effet, est que ces termes à connotation marxistes – « exploitation », « aliénation », « domination »… - sont a minima démodés et, partant, disqualifiés.

On rétorquera que ce ne sont que des mots ? « La science sociale a affaire à des réalités déjà nommées, déjà classées, porteuses de noms propres et de noms communs, de titres, de signes, de sigles. Sous peine de reprendre à son compte sans le savoir des actes de constitution dont elle ignore la logique et la nécessité, il lui faut prendre pour objet les opérations sociales de nomination et les rites d’institution à travers lesquels elles s’accomplissent. Mais, plus encore, il lui faut examiner la part qui revient aux mots dans la construction des choses sociales » nous a pourtant appris Pierre Bourdieu [Bourdieu, 1982] (33) . Or les mots : « subir », « accepter » ou « vouloir » ne construisent pas tout à fait la même chose.


La suite II - « Joyeux automobiles : Les apories du consentement »
*************
Sommaire :

Il faut lire Frédéric Lordon - Introduction
I - « Faire faire : La servitude volontaire n’existe pas »
II - « Joyeux automobiles : Les apories du consentement »
Conclusion
Notes de bas de page
Références bibliographiques
*************

   Bookmark and Share               Format imprimable Envoyer cet article à un ami Créer un fichier PDF à partir de cet article
Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Conversation

Langues

Info Articles
News Totals: 178
N°bre Catégories: 16
News lues: 666711

Les Dernieres News
· 1: Le mythe économique comme réalité illusoire
[Lectures: 2198]
· 2: Juste pour le plaisir... Une petite citation
[Lectures: 1555]
· 3: Choisir son maître n'est pas une liberté
[Lectures: 1063]
· 4: L'invention de la crise, escroquerie sur un futur en perdition
[Lectures: 1309]
· 5: Pour conclure - Finalité et intentionnalité
[Lectures: 1466]
· 6: III - Expliquer, c’est répondre à la question « pourquoi ? »Et les anciens semblent avoir une réponse plus rationnelle - Finalité et intentionnalité
[Lectures: 1455]
· 7: II - Quel est le pourquoi de l’esprit ? Comment penser l’émergence des phénomènes mentaux ? - Finalité et intentionnalité
[Lectures: 1402]
· 8: I - Quelques platitudes et généralités : Rapide historique - Finalité et intentionnalité
[Lectures: 1607]
· 9: Finalité et intentionnalité : Enquête sur l’interconnexion des problèmes de philosophie de la nature et ceux de l’esprit
[Lectures: 2774]
· 10: Références bibliographiques - Il faut lire Frédéric Lordon
[Lectures: 1569]

Les + Lues
· 1: Comment faire du vin soi-même ?
[Lectures: 154059]
· 2: La récupération commerciale de l’image de Che Guevara
[Lectures: 17095]
· 3: Harmonie Chaotique
[Lectures: 13836]
· 4: Adentro
[Lectures: 13188]
· 5: ¿Cuál es la diferencia entre República y Democracia?
[Lectures: 12414]
· 6: Comment choisir son vin ?
[Lectures: 11936]
· 7: Se solicita inspiración
[Lectures: 10675]
· 8: Somos todos cartesianos…
[Lectures: 10616]
· 9: Nous sommes le monde en devenir
[Lectures: 10104]
· 10: Doña Eulalia
[Lectures: 9788]

Derniers commentaires