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Philosophie : Justice sociale et politique chez Proudhon
Posté par Hadrien le 10-Apr-2007 (7105 lectures)
Philosophie


C) Le contractualisme :

La société envisagée comme résultante d'un contrat est une des thématiques ‎majeures de la philosophie politique depuis Hobbes, où la société n'est plus ‎construite à l'image d'un ordre naturel (ou divin) des choses ; mais résulte de la ‎volonté de ses membres. Proudhon ne postule pas un état de nature qui expliquerait ‎les raisons du Contrat social, mais comme nous l'avons vu plus haut, il postule une ‎marche des sociétés vers un ordre plus juste, vers la fin du « principe d'autorité ». ‎
Le contractualisme doit pour Proudhon être au coeur des rapports qu'entretiennent ‎les hommes entre eux. Sa pensée va évoluer peu à peu à ce sujet. En effet, après la ‎révolution de 1848, il va développer des thèses anti-étatiques si fortes, qu'il va écrire ‎dans Idée générale de la révolution que la seule solution au problème social est la « ‎dissolution du gouvernement dans l'ordre économique ». ‎

Cet économicisme ne va durer qu'un temps car quelques années plus tard, il va ‎cesser de faire de l'économie l'alpha et l'oméga de la société pour élaborer entre ‎autres la théorie fédérative, en réaction à la question de l'unité italienne. On trouve ‎dans ses dernières oeuvres deux types de contrat bien définis et qu'il entend ‎substituer au contrat social de Rousseau, auquel il reproche de n'être qu'une « fiction ‎de juriste » réorganisant la « tyrannie de droit divin » pour la faire « dériver du ‎peuple ». De même « Rousseau ne sait ce que c'est que l'économie. Son programme ‎parle exclusivement de droits politiques, il ne reconnaît pas de droits économiques ». ‎
Nous avons vu que la Justice suppose la liberté et l'égalité. Ces deux exigences vont ‎donner naissance au contractualisme proudhonien, qui, comme nous le verrons est ‎systématique. Ce type de justice correspond à ce qu'Aristote nommait la justice ‎d'échange à laquelle Thomas d'Aquin donna le nom de « Justice commutative », et ‎qui sert à fixer les échanges. Aristote lorsqu'il traite de ce type de justice, introduit la ‎notion d'équité, qui sert à régler les rapports particuliers entre les individus. ‎

Le terme de « commutatif » revient souvent sous la plume de Proudhon ; il écrit ‎dans Idée générale de la révolution : ‎
Le contrat social est l'accord de l'homme avec l'homme, accord duquel doit résulter ‎ce que nous appelons la société. Ici, la notion de justice commutative, posée par le ‎fait primitif de l'échange et définie par le droit romain, est substituée à celle de ‎justice distributive, congédiée sans appel par la critique républicaine. Traduisez ces ‎mots, contrat, justice commutative, qui sont de la langue juridique, dans la langue ‎des affaires, vous avez le COMMERCE, c'est-à-dire, dans la signification la plus ‎élevée, l'acte par lequel l'homme et l'homme, se déclarant essentiellement ‎producteurs, abdiquent l'un à l'égard de l'autre toute prétention au Gouvernement. ‎
Cet extrait mérite un commentaire afin d'exposer pourquoi il contient ses principales ‎positions sur le contractualisme et reflète à la fois un moment particulier de la ‎pensée proudhonienne. ‎

Premièrement, on trouve le thème du contrat social, pensé comme un contrat positif, ‎devant être renouvelé sans cesse : « un plébiscite de tous les jours », pourrions-‎nous dire en reprenant le mot d'Ernest Renan. La société, ne saurait être ‎essentialisée, elle doit se construire et a pour fondement l'individu. La justice ‎commutative vise à rendre opérant ce primat de l'individu en l'érigeant en source ‎principale du droit et à régler les rapports entre individus de manière équitable. ‎
Deuxièmement, ce passage est un moment de sa pensée, qui correspond à ce que ‎nous avons nommé plus haut économicisme, qui correspond à l'apogée de son ‎anarchisme, au sens où il contestait quasiment toute légitimité à la sphère politique ‎‎(l'Etat ou la « théorie gouvernementale »), dans laquelle il ne voyait qu'un ‎absolutisme déguisé. « [...] l'institution politique doit se perdre dans l'organisme ‎industriel : [...] la formule révolutionnaire ne peut plus être ni Législation directe, ni ‎Gouvernement direct, ni Gouvernement simplifié : elle est : PLUS DE ‎GOUVERNEMENT ». ‎

Les deux types de contrats qu'il va élaborer à la fin de sa vie sont d'une part le ‎contrat social et économique (le mutuellisme) et d'autre part, le contrat politique (le ‎fédéralisme). Le premier contrat correspond ce que nous venons de présenter. Le ‎second correspond au contrat de fédération. Ces deux points feront l'objet de ‎développements spécifiques aux parties II et III de notre étude. ‎
Nous pouvons cependant d'ores et déjà dire, que les deux contrats procèdent de la ‎même logique. La définition que Proudhon donne du contrat de fédération s'applique ‎aussi bien pour le mutuellisme : « Un contrat synallagmatique et commutatif, pour ‎un ou plusieurs objets déterminés, mais dont la condition essentielle est que les ‎contractants se réservent toujours une part de souveraineté et d'action plus grande ‎que celle qu'ils abandonnent ». Cette définition n'a rien de particulièrement originale, ‎on trouve des équivalents chez Hobbes ou Locke, cependant il faut préciser une ‎chose qui différencie grandement ces penseurs de Proudhon. ‎

Ce dernier ne parle jamais d'état de nature, pour justifier le contrat social. Il n'y a ‎pas de théorie postulant un état de licence absolue, dont la contrepartie serait un ‎état de guerre ou de crainte, et qui déboucherait sur la nécessité d'un pacte ‎instituant la société civile. Proudhon veut faire du contrat, non pas un acte fondateur ‎de la société, mais son régulateur, sans cesse renouvelé. C'est pourquoi le ‎contractualisme proudhonien est essentiellement positif et ne cherche pas à fournir ‎une théorie visant à expliquer l'apparition de l'Etat et la nécessité d'un ‎gouvernement civil. Le contrat est donc comme nous l'avons dit précédemment le ‎moyen par lequel la liberté des individus peut se déployer, sans pour autant ‎compromettre l'égalité entre les hommes. La source du droit devient par là même, le ‎consentement interindividuel. ‎

D) L'association

L'association est une conséquence logique de la liberté et du contractualisme, elle en ‎est le résultat. S'associer, c'est être « centre et circonférence »18 à la fois. Le ‎rayonnement, c'est à dire l'ensemble des « rayons » (écarts entre le centre et la ‎circonférence), est proportionnel au degré de liberté. Qui réalise sa liberté réalise ‎celle d'autrui dans cette logique, qui implique que l'égalité des rapports entre ‎individus ; car il ne saurait y avoir de « différence » de rayon, sans quoi, deux ‎individus s'associant ne seraient pas centre et circonférence. L'égalité des hommes ‎tient dans le caractère synallagmatique et commutatif du contrat que nous avons ‎étudié précédemment. Toute la réflexion de Proudhon va tourner autour de la mise ‎en oeuvre pratique de l'idée d'association. ‎

Pour bien comprendre le cœur de cette idée, il faut certes avoir en tête ses positions ‎quant au contractualisme (évoquées précédemment) mais aussi, sa « vision » quant ‎à ce qui meut la société. En effet, pour lui, la société est « organique », c'est-à-dire ‎qu’elle est composée de parties divers, les liens les unes entre elles, et qui assurent ‎l’évolution des mœurs, le progrès technique ou encore la force ou la faiblesse des ‎cultes religieux. Sa théorie associative, vise en réalité à permettre autant que ‎possible l’accord de ces différents corps. De là, vient une défiance très forte à l’égard ‎de l’Etat, auquel il ne reconnaît qu’un rôle régulateur minime et condamne toute ‎prétention à transformer la société. L’association est donc le mode d’expression et de ‎développement de la société civile. ‎

‎[…] en matière de révolution, l'initiative répugne au gouvernement. [...] Ce qui fait ‎que le gouvernement est par nature immobiliste, conservateur, réfractaire à toute ‎initiative, disons même contre révolutionnaire, c'est qu'une révolution est chose ‎organique, chose création, et que le pouvoir est chose mécanique ou d'exécution.[...] ‎J'appelle organique, non pas les lois purement conventionnelles, qui touchent aux ‎éléments les plus généraux de l'administration et du pouvoir [...]. J'entend par ‎organique ce qui fait la constitution intime, séculaire de la société supérieurement à ‎tout système politique, à toute constitution de l'Etat.[...] C'est au développement ‎spontané des mœurs,[...], de modifier ce qui peut-être modifié, d'apporter les ‎réformes que le temps seul révèle. ‎

E) La dialectique Proudhonienne :

Ayant eu connaissance de l'hégélianisme grâce a des immigrés allemands vivant à ‎Paris au début des années 1840, Proudhon développera une dialectique sans ‎synthèse, pour lui, la société est constituée d'éléments devant s'équilibre. Il dit à cet ‎égard : « L'antinomie est la loi même de la vie et du progrès, le principe du ‎mouvement perpétuel », « les contraires ne doivent non pas s'entre-détruire, mais ‎se soutenir, justement par ce qu'ils sont contraires »19. Il critiquera vivement ‎Rousseau et les socialistes de son temps d'avoir « nié perpétuellement » la société, ‎alors que lui développe l'idée qu'il faut réorganiser la société à partir d'un principe ‎nouveau, mais en ne niant aucun des principes qui la fonde ou la liberté de l'homme, ‎sans quoi la société détruirait son principe vital. ‎

Le coté négatif est utile, puisqu'il est la destruction de l'effet produit par le coté ‎positif, ce qui est l'essence même du mouvement perpétuel. Une horloge qui se ‎remontrait par cela même que le ressort se détend, ou que les poids descendent ‎serait une horloge perpétuelle. ‎
Cette métaphore de l'horloge montre bien comment Proudhon pense la société ‎comme le déploiement de principes contradictoires qu'il s'agit d'équilibrer afin de ‎permettre le progrès. La solution du problème social passera pour lui par l'accord, ‎l'association des différents corps de la société, ce qui permettra l'expression et la ‎résolution des conflits. « Associer la bourgeoisie, et avec elle la majorité des ‎travailleurs, à ma théorie de synthèse, de mutualité, d'égalité, ou association ‎progressive ». ‎

Dans le système des contradictions économiques, cette méthode va être pleinement ‎appliquée. Il y analyse les différentes antinomies constituant à son avis l'économie ‎politique. Il définissait cet ouvrage comme « une opération d'équilibre »22 visant à ‎comprendre les différents aspects de l'économie (valeur, concurrence, division du ‎travail, monopole, etc.) afin de les mettre au service de l'homme. La science ‎économique doit pour Proudhon conduire à l'extinction du paupérisme qui résulte du ‎caractère anarchique de l'organisation économique. C'est cette méthode dialectique, ‎qui pour Proudhon doit permettre la compréhension et la maîtrise des sociétés ‎humaines. ‎

‎ « La théorie d'une égalité pacifique, fondée sur la fraternité et le dévouement, n'est ‎qu'une contrefaçon de la doctrine catholique du renoncement au biens et aux plaisirs ‎de ce monde, le principe de la gueuserie, le panégyrique de la misère. L'homme peut ‎aimer son semblable jusqu'à mourir ; il ne l'aime pas jusqu'à travailler pour lui. »‎

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Conversation
Hadrien
Posté le: 10/4/2007 22:20  Mis à jour: 10/4/2007 22:20
Membre
Inscrit le: 11/3/2007
De:
Envois: 1
 retirer l'article
salut aux webmasters.

pourriez vous virer l'article car je viens de le poste et il est illisible ...

je le reposterai des que possible.

merci.

a +
sylvain
Posté le: 10/4/2007 23:44  Mis à jour: 10/4/2007 23:48
membre
Inscrit le: 21/9/2006
De: bout !
Envois: 180
 Laisser l'article
Je viens de rendre lisible ton article (la prévisualisation rajoute toutes les balises) et de faire la mise en page en "page multiple"...donc plus besoin de le retirer !
C'est un énorme travail...je n'ai pas encore tout lu, car j'ai juste jeté un coup d'oeil en enlevant les balises "<b/>", mais ça donne envie d'en savoir plus sur Proudhon...et sur les proudhoniens qui postent sur l'Arbre...
invité(e)...
Posté le: 21/4/2007 20:45  Mis à jour: 21/4/2007 20:45
 Re: Laisser l'article
merci pour ton article, il est clair, et pour un peu qu'on ait le courage et/ou le temps de le lire jusqu'à la fin, il est passionnant!
invité(e)...
Posté le: 15/5/2007 10:15  Mis à jour: 15/5/2007 10:15
 question
Que dirait Proudhon de la toute nouvelle élection présidentielle ?
invité(e)...
Posté le: 16/5/2007 10:19  Mis à jour: 16/5/2007 10:19
 Re:
Quelle est démocratique !
invité(e)...
Posté le: 3/6/2007 17:18  Mis à jour: 3/6/2007 17:18
 Re:
Démocratique certes mais au sein du système parlementaire. Il s'agit donc d'un pis aller et non d'un démocratie véritable. le parlementarisme est pour lui fondé sur une considération d'ordre métaphysique, à avoir qu'une assemblée d'hommes pourrait représenter un peuple. D'ou vient la légitimité de ces lois ? quel principe obscur a conféré à ces hommes le droit de dire ... le droit !

voir à cet égard : "solution du problème social", première partie.

J'ajoute qu'anti-bonapartiste (même s'il a eu, il est vrai, des contacts avec le propre frère de napoléon 3) il s'est toujours opposé aux plébiscites et à l'idée qu'un homme puisse incarner autre chose que lui même. Toujours cette logique de l'immanence qui lui est si cher.

A titre personnel, force est de constater que Sarkozy a été élu régulièrement et conformément à nos lois.

++

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