Roots...

Suivez l'Arbre@Palabre

Rss de l'Arbre à Palabre     Twitter de l'Arbre@Palabre     Suivez l'Arbre@Palabre sur Facebook


Login
Username:

Password:


Lost Password?

Register now!

Actualités autour du monde Editorial de l'Arbre à Palabre Faire-Part & faire découvrir Politique Radio 2àP Revue de Presse Arts Cinéma Musique Poésie & Littérature Viticulture & œnologie Pensées Débat Philosophie Rencontre Sciences
Discusses : Réaction en chaîne : Peut-on se passer de l'énergie nucléaire ?
Posted by JLR on 27-Apr-2007 (2266 reads)
Discusses

Comme Clément le remarque à juste titre dans son article (très bien illustré, félicitations à la photographe), 80 % de l’énergie française est d’origine nucléaire.

En 2006, 19 centrales françaises, en tout 58 réacteurs, ont fait tourner une bonne partie de notre activité. Ca mesure combien une centrale ? Soyons large, disons dix hectares. Ce qui veut dire que 190 hectares d’installation énergétique fournissent 365 jours d’énergie à environ 50 millions de Français.

C’est quand même assez efficace…

Je ne suis pourtant pas un pro-nucléaire forcené, ça n’aurait pas beaucoup de sens, mais je crois qu’il ne faut pas confondre la technologie et ses applications. Il y a une réelle possibilité, en France, de faire du nucléaire propre à – relativement – court terme. Voici quelques axes de recherche actuellement développés au CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) :

- la réutilisation des déchets. La technique utilisée aujourd’hui, la fission, consiste à choquer un atome lourd avec un « projectile », pour le faire s’éclater en nucléides plus léger. Cette réaction produit des neutrons et un joli paquet d’énergie (200 mégaélectronvolts). Problème : la majeure partie des constituants termine sous la forme de déchets radioactifs qu’on ne sait pas encore réutiliser. Il y a pourtant de bonnes chances que ces déchets soient exploitables et servent à leur tour à produire de l’énergie. Ceci représente un espoir fort de réduire drastiquement les déchets issus de l’activité nucléaire tout en accroissant l’efficacité énergétique.



- La fusion. Réaction complexe, la fusion associe deux nucléides qui forment alors un noyau de masse plus importante, avec là encore un fort dégagement d’énergie. C’est la réaction qui fait briller les étoiles. Cette réaction n’est pas encore maîtrisée artificiellement, mais son application technologique serait un pas en avant en matière énergétique puisque, à masse de combustible égale, elle génère beaucoup plus d’énergie que la réaction de fission. Si on définit la « propreté » d’une énergie comme le ratio de l’énergie qu’elle dégage sur les déchets qu’elle produit, la fusion nucléaire serait une des énergies les plus propres.

- Reste la question des déchets. Là encore, la recherche progresse rapidement, par exemple en ce qui concerne les techniques de vitrification, qui consistent à bloquer les déchets radioactifs dans une matière vitreuse. Un autre axe prometteur est celui qui consiste à associer des micro-organismes à la dépollution des déchets radioactifs. Des expériences similaires dans d’autres domaines ont déjà porté leurs fruits : certaines bactéries très friandes de certaines algues parasites pourraient servir à court terme d’outils de dépollution massive des eaux méditerranéennes. Autre application intéressante, certains micro-organismes seraient capables de diminuer radicalement le taux de toxicité de l’arsenic, ce qui pourrait servir à décontaminer de nombreuses réserves d’eau, notamment dans les régions montagneuse de l’Italie et du sud de la France*. De semblables micro-organismes pourraient tout aussi bien, par certaines propriétés spécifiques, transformer la matière radioactive en déchet inoffensif.

Ces différentes perspectives doivent contribuer à mettre fin à la politique de gestion des déchets actuelle, qui consiste à stocker les déchets en couche géologique profonde, en subsurface voire en surface. La question des déchets est en effet le principal problème de l’énergie nucléaire. Ces politiques sont effectivement inadmissibles à long terme, puisqu’elles nous engagent dans une gestion des déchets problématiques pour des centaines d’années, et justifient une manifestation de l’opinion, non pas contre la recherche mais contre l’exécutif politique.

De son côté, le risque d’accident nucléaire, très populaire depuis le spectre de Tchernobyl, me semble surestimé. En effet, l’accident de Tchernobyl est dû à une conduite de projet exécrable, à une conception défectueuse et à des erreurs humaines en pagaille, mais la technologie ne peut pas être mise en cause. C’est comme si on fustigeait le transport aérien après un accident d’avion. Ne pas se tromper de cible…

Plus d'infos :

- Wikipedia
- "Les cahiers du CEA"

* La news trouvée sur Batiweb.com :

"Pacman le Retour Ou une bactérie gourmande en arsenic !

Une bactérie qui s'est révélée gourmande en arsenic et capable de rendre ce poison moins toxique suscite de grands espoirs pour la décontamination de l'eau potable et des sites pollués.
Cette bactérie, dont le génome a été séquencé à Evry, a en outre le talent d'être attirée et de se déplacer d'elle-même vers les milieux riches en arsenic. Enfin, elle possède la capacité de "séquestrer l'arsenic dans une matrice de sucres", une sorte de capsule qui emprisonne le poison et l'isole de son milieu, propriété qui pourrait être mise à profit pour assainir l'eau.

La bactérie Herminiimonas arsenicoxydans, dont les propriétés étonnantes viennent d'être découvertes par une équipe de chercheurs, s'est révélée capable de transformer l'arsenic de sa forme la plus toxique en sa forme oxydée "beaucoup moins disponible et toxique", a expliqué Philippe Bertin, directeur d'un Groupement de recherche qui rassemble dix laboratoires et des chercheurs de l'Université Louis Pasteur, du Génoscope, de l'Institut Pasteur, du CNRS, du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) notamment.

La contamination des écosystèmes par l'arsenic affecte la santé publique de plusieurs dizaines de millions de personnes dans les pays développés et en voie de développement, rappelle le directeur du réseau.

La découverte des propriétés d'H. arsenicoxydans, qui illustre "une toute nouvelle stratégie pour coloniser efficacement les environnements riches en arsenic", permet d'envisager de réhabiliter des sites contaminés, selon le professeur de microbiologie. Des équipes du Groupement de recherche vont désormais s'atteler à cette tâche en collaboration avec des laboratoires spécialisés.

L'arsenic est un poison qui a des effets cancérigènes et mutagènes sur l'homme. En France, la présence d'arsenic dans les eaux de distribution concerne plus particulièrement les départements bordant le Massif central, les Vosges ou les Pyrénées, selon une étude du CNRS. "

   Bookmark and Share               Printer Friendly Page Send this Story to a Friend Create a PDF from the article
The comments are owned by the poster. We aren't responsible for their content.
Poster Thread
clément
Posted: 2007/4/27 18:03  Updated: 2008/7/1 0:00
membre
Joined: 2006/9/22
From: Trois, Quatre...
Posts: 134
 Réactions en chaîne...
Avec tout le respect que je te dois cher JLR je me permet de commenter certains des "avancées" dont tu parle. Ne t'inquiète pas ce n'est pas personnel mais certaines de tes affirmations m'ont fait bondir...

La France, il est vrai exporte de l'electricité grâce au nucléaire (70 TWh, 20% de la production nationale soit l'énergie produite par les centrales hydroéléctriques selon "Les Verts"). La question est de savoir pourquoi donc nos voisins européens ne produisent pas eux même cette énergie, car à terme, si celle-ci est vraiment rentable, ils auraient tout à y gagner... Une partie de la réponse vient du fait que c'est la France qui garde les déchets. Joli cadeaux pour les générations à venir...
De plus si on regade les chiffres de l'Insee, en 2002, les exportations d'énergie (toutes confondues) rapportent à la France 10,9 milliards d'euros alors que l'agriculture (matières premières) rapporte 10,2 milliards et les productions agroalimentaires rapportent 29.7 milliards. Que dire de plus?

En ce qui concerne la vitrification c'est certes une avancée mais seulement dans la mesure où cela limite quelque peu la possibilité de fuite de matière radioactive mais en aucun cas les risques d'irradiation. Cela explique un peu le montant des primes de risque des travailleurs du nucléaire.
En outre la vitrification permet de justifier l'enfouissement des déchets nucléaires. Certes cette technique est très bien maîtrisée mais que dire du risque géologique sachant que la France est au croisement de nombreuses plaques tectoniques? Que dire également des avantages financier echangés avec la région Lorraine pour accepter un centre d'enfouissement en son sein, à Bure dans la Meuse, malgré mécontentement des riverains?

En outre je ne pense pas que des bactéries puissent diminuer quelque peu et de quelque manière que ce soit des radiations. Il est vrai qu'on utilise beaucoup les bactéries pour le retraitement des déchets organiques (station d'épuration, méthanisation (qui produit du gaz sans augmenter la quantité de CO2, d'origine fossile, dans l'atmosphère)) et peut-être que l'on commence à trouver des solutions en ce qui concerne les métaux lourds - au vu de l'article "Pacman le Retour ou une bactérie gourmande en arsenic !" - alors que c'est un vrai problème dans la dépollution des déchets organiques (cuivre, zinc, arsenic...) qui jusqu'alors n'étaient pas dégradés. Mais on ne me fera jamais croire qu'un processus biochimique puisse enlever la radioactivité que seul le temps (ou un procédé physique encore à découvrir) permet de diminuer. Le Plutonium 239 a une demi-vie de 21440 ans et ce n'est rien comparé à l'iode 129...

Enfin, on parle parfois de lobby nucléaire français et de l'omertta qui tourne autour du sujet et selon moi le CEA n'est pas l'organisme le plus exemplaire au niveau de la transparence. D'ailleurs des contres-expertises de'organismes anti-nucléaires rementent en cause la rentabilité de cette énergie. En effet, de nombreuses subventions publiques (donc payées par les contribuables) profitent au nucléaire, une somme qui s'élèverait à plus de 60 milliards d'Euros pour le période de 1946 à 1992 (selon Bruno Barillot in "CEA, un demi-siècle de pouvoir nucléaire") auquels nous pouvons ajouter le coût de démantelement des centrales en fin de vie, le coût de gestion des déchets, l'acheminement de l'électricité vers nos voisins européens (lignes THT construites au frais d'EDF)...

Certes la question de l'efficacité énergétique du nucléaire n'est plus à démontrer (cf Hiroshima), c'est même un des arguments des anti qui parlent du risque de prolifération et d'attaque terroriste et la principale cause de l'inquiétude d'Albert Einstein vis à vis de cette découverte. Alors combien d'entres nous accepteraient qu'on construise une centrale à côté de chez eux? Pour répondre à la question des accidents, lors de la tempète de l'hiver 1999, la centrale de Blaye en Gironde, au bord de l'estuaire du même nom à manqué de nous faire un Tchernobyl n°2 lorsque la digue censée la protéger du fleuve à été submergée par la montée des eaux (100 000 m3 d'eau envahissent la centrale ce qui pose des problèmes au niveau des sous-terrains et des systèmes de sauvegarde, puis le vent provoque la rupture des lignes THT qui relient la centrale au réseau: le courant ne peut plus être évacué... L'information était divulgué le 5 janvier suivant dans le journal Sud Ouest (source: réseau sortir du Nucléaire, 2001)).

Etes-vous déjà passé à proximité d'une centrale nucléaire? (celle de Chinon est assez impressionnante (flippante meme quand on sait ce qu'elle renferme) puisqu'elle est situé juste à côté de la route...) Franchement qui voudrait vivre à proximité de l'une d'elle, sachant que le risque zéro n'existe pas?

Pour finir je reprendrai donc les propos d'Albert Jacquard, philosophe, généticien, major des majors de polytechnique, conférencier [...] bref, un des derniers et rare "Grand Homme" de notre époque, qui a dit que "le nucléaire est le suicide de l'humanité".
caro
Posted: 2007/4/27 18:12  Updated: 2007/4/27 18:12
Membre
Joined: 2006/9/24
From:
Posts: 15
 Re: Réactions en chaîne...
Jacuard ??? connais pas...
clément
Posted: 2007/4/27 18:49  Updated: 2007/4/27 18:59
membre
Joined: 2006/9/22
From: Trois, Quatre...
Posts: 134
 Re: Réactions en chaîne...
Pardon, c'est Albert Jacquard...

Et puisque j'y suis je rajouterai qu'avec le solaire, l'éolien, la géothermie, les biocarburants (ethanol, huile végétale, bois), la methanisation, l'hydrogène, l'énergie hydrolique (marée et lacs) il y a de quoi faire pour trouver des alternatives au nucléaire...
mais la différence sera faite avec une modification de nos modes de consommation. c'est là qu'intervient le citoyen.

petit message personnel: caro si tu pouvais diminuer la taille de ton avatar ce serait sympa, ça éviterai d'avoir les commentaires sur une colone de 12 pixels de large
clément
Posted: 2007/4/28 0:23  Updated: 2007/4/28 0:23
membre
Joined: 2006/9/22
From: Trois, Quatre...
Posts: 134
 Re: Re: Re: Ré: Réactions...
Je viens de relire mon commentaire et il me semble assez virulent... Visiblement j'aime pas trop le nucléaire, mais si quelqu'un a des éléments concrets pour enrichir le débat et peut-être me convaincre d'acheter des actions Areva... je l'attend de pied ferme!
JLR
Posted: 2007/4/28 22:21  Updated: 2007/4/28 22:21
Membre+°
Joined: 2006/9/25
From: Rennes
Posts: 70
 Science : avec ou sans conscience ?
Figure-toi Clément que je partage certaines de tes positions sur la question. Je n’ai pas de participation au capital d’Areva… Le nucléaire n’est absolument pas une énergie que nous maîtrisons aujourd’hui, d’où toutes les interrogations voire les frayeurs légitimes qu’elle suscite. Je suis d’accord pour dire que la centrale de Chinon est laide et dangereuse, pour dire que la Cogema pollue la Manche, que le nuage de Tchernobyl ne s’est pas arrêté sur le Rhône. Je ne suis donc pas pro-nucléaire en matière énergétique.

Mon problème est de maintenir une rupture franche entre le domaine de la science et celui de la politique. Ma « thèse » est simple : la recherche technologique n’est pas moralement condamnable, contrairement à une certaine utilisation politique qu’on peut faire de cette recherche technologique. Les errements dont tu parles, entre le poids du lobby, l’hermétisme du CEA, le mécontentement des riverains, Hiroshima et la centrale de Blaye, sont des problèmes qui relève purement du politique et des affaires humaines. Si la centrale de Blaye a frôlé la catastrophe en 1999, c’est bien à cause d’un excès d’optimisme, ou d’un manque de rigueur dans la conception et l’utilisation des installations. Et pour Hiroshima, que tu évoques comme démonstration de la puissance potentiellement dévastatrice de l’énergie nucléaire, n’oublions quand même pas que c’est un homme politique, et non pas un chercheur, qui a décidé de la faire exploser ! On pourra dire que ce chercheur est celui qui a créé la bombe ; mais il ne l’a pas fait pour son plaisir, ou pour divertir son neveu en reproduisant un essai atomique sous-marin dans la piscine gonflable de son jardin de la Nouvelle-Angleterre. Il l’a fait parce qu’un ou des politiques peu scrupuleux se sont dit que ça pourrait les aider à asseoir leur position. Il y a évidemment une dimension morale dans la personne du chercheur, mais ce n’est pas notre sujet. Ce qui importe, c’est de distinguer les gens qui essaient de faire progresser la science et les gens qui se servent des efforts des premiers pour tout autre chose.

Par ailleurs, je maintiens ma foi en la possibilité de traiter la radioactivité par des voies insoupçonnées, qu’elles soient d’origine biochimique ou autre. Effectivement, aujourd’hui, cela semble impossible. Il n’est même pas pertinent de penser que cela soit possible, il n’y a aucun argument pour penser que c’est possible (quoique le cas des déchets organiques fournisse un précédent d’après moi prometteur, même si la radioactivité relève d’un autre « domaine d’être »).
Mais quand Ptolémée disait que la Terre était au centre de l’Univers, tout le monde le croyait à l’époque, non pas parce que c’était vrai (puisque c’était faux), mais parce que, dans l’état des connaissances du temps, le fait que la terre était au centre de l’univers était l’hypothèse la plus pertinente. La distinction importante est celle entre la vérité et la pertinence. L’histoire nous a je crois suffisamment appris que le plus pertinent n’était pas souvent le plus vrai, notamment cet exemple de la place de la Terre dans l’Univers. Quand Galilée a commencé à prétendre le contraire, donc la vérité, on l’a pris pour un fou !
Ce long détour pour dire simplement que ce qui peut nous paraître le plus improbable aujourd’hui doit être pris très au sérieux, car ce plus improbable d’aujourd’hui pourrait bien être ce plus véridique de demain. En sommes, il nous faut être très humble en ce qui concerne l’étendue de ce que nous comprenons des choses scientifiques. C’est en tous cas la position que je défends.

Je défends aussi la recherche nucléaire, non pas parce qu’elle est nucléaire mais parce qu’elle est recherche, et ses expérimentations nécessaires. Je rappelle aussi que l’investissement massif de ce même CEA, si décrié, dans les accélérateurs de particules et autres dispositifs expérimentaux, peut servir à simuler des réactions physiques de toutes sortes, y compris nucléaire, sans avoir besoin de faire péter le monde, qui n’a pas besoin qu’on lui en rajoute une couche. Là encore, les errements et autres impasses qu’on saura y déceler sont du ressort du politique et non pas de la science.
Tout cela finalement pour valoriser l’activité de recherche et de curiosité scientifique contre les discours qui clouent au pilori (je précise, ce qui est inutile mais a le mérite de ne pas créer d’ambiguïté, que ceci ne vise pas ce qu’écrit Clément). Il est clair que ce n’est pas en déclarant que « le nucléaire est le suicide de l’humanité » que M. Jacquard a fait avancer les techniques de vitrification… Tirer sur les cul-de-jatte ne les a jamais fait courir.
clément
Posted: 2007/4/29 13:10  Updated: 2007/4/29 13:13
membre
Joined: 2006/9/22
From: Trois, Quatre...
Posts: 134
 Science et politique un difficile compromis
Il n’y a pas de doute JLR, on est d’accord. Je relis ton commentaire et je suis bel et bien convaincu qu’il ne faut pas confondre la recherche fondamentale et les choix de société (donc politiques) qui utilisent les résultats de cette recherche. Cependant il ne faut pas justifier l’un en avançant des arguments valables pour l’autre : dans notre cas, ce n’est pas parce que la recherche en physique nucléaire est un devoir - et qu’elle est par ailleurs tout ce qu’il y a de prometteur - qu’il faut faire le choix politiques de l’utiliser sous prétexte qu’on en a la possibilité. Comme tu dis : « Ce qui importe, c’est de distinguer les gens qui essaient de faire progresser la science et les gens qui se servent des efforts des premiers pour tout autre chose.». Le problème est que souvent recherche et décisions politiques sont étonnamment liées : la politique va intervenir dans les choix de la science et on va favoriser telle ou telle technique au profit d’une autre, parfois parce que c’est justifié, parfois pour des raisons incongrues, parfois dans des logiques malveillantes. De plus les scientifiques sont aussi des humains qui ne sont pas spécialement au dessus du lot et souvent de piètres politiciens (mais on ne leur demande pas spécialement de l’être).

Pourtant je ne remets pas en cause les évolutions, l’efficacité, et la maîtrise dans l’application des techniques mais j’évoque les risques inhérents à ces techniques - et en particulier celle-ci - et qui sont immenses à l’échelle où nous les appliquons : on pas loin de jouer avec des allumettes et du pétrole, le 15 août, en plein garrigue, à proximité d’une colonie de vacances (j’aime bien les images parlantes). Connaissant la nature humaine il faudrait rajouter à mon tableaux que l’on aurait sur le dos 10 kilos de dynamite et que l’on soit un kamikaze ainsi qu’un pyromane. C’est donc ainsi que je vois les terriens et leur utilisation du nucléaire, civil comme militaire (sachant que les deux sont souvent copains).

C’est un peu le même problème que pour la génétique. Prenons l’exemple des OGM : la recherche à ce sujet est nécessaire et nous permettra de comprendre - voir de solutionner - beaucoup de choses, mais le risque, si il n’y a pas de contrôle, est de se retrouver avec des conséquences irréversibles au niveau des écosystèmes ou avec des financiers peu responsables qui détiendront le monopole de notre alimentation et en useront.
Bien entendu ces deux techniques sont souvent critiquées au nom de mêmes arguments : « On ne touche pas à ça ! Un point c’est tout. On ne joue pas avec le feu». Or il faut bien le reconnaître, si jamais nos ancêtres n’avaient franchi cette « loi » tacite de la nature, on en serait encore à se réfugier dans nos arbres au moindre rugissement. Il y a donc un devoir moral à tenter d’améliorer constamment notre quotidien.

Mais il y a aussi un devoir moral à modérer les ardeurs de cette fièvre progressiste et c'est le rôle du politique: à mes yeux les questions qui se posent actuellement vis-à-vis de l’Iran et du nucléaire - qui, en droit, devrait pouvoir utiliser à souhait cette technique – témoignent de l’incapacité actuelle de l’humanité à gérer ce « feu de dieu ».

Je pense donc que la technique et les sciences feraient mieux de se concentrer sur des choses plus maîtrisables, plus prometteuses. L’énergie, il y en a partout autour de nous : le soleil, le vent, l’eau, la terre, les végétaux (l’amour) et bien d’autres encore insoupçonnés. Pour moi les énergies fossiles (le nucléaire en est une), et fissiles, sont bonnes à mettre dans un musée : dangereuses, polluantes, épuisables et injustes car tout le monde n’a pas la chance de les avoir. A la rigueur elles doivent nous permettre de soutenir l’économie le temps d’assurer le changement.

Pour finir je souhaite préciser les propos d’Albert Jacquard, et bien qu’un argument d’autorité ne vaille jamais une bonne démonstration scientifique, comme tu n’as pas manqué de me le rappeler cher JLR, je vais retranscrire la totalité de sa déclaration tant il est vrai que sortie de son contexte elle perd toute sa valeur.

« Il faut abandonner le nucléaire en raison de la nature même de cette énergie. Notre organisme sait nous prévenir de la plupart des dangers, pas de la radioactivité. Elle n’est pas détectable par l’organisme humain. Nous ne sommes ni prévenus, ni immunisés. Si vous manipulez des substances radioactives, vous ne sentez rien. Pourtant ça brûle. Marie Curie en a fait la cruelle expérience. Elle manipulait du radium à pleines mains et pourtant elle ne sentait rien. Face à un tel danger des rayonnements, si nouveau, si pervers, seul un effort intellectuel permet de se prémunir.
Pourtant j’admire l’exploit technique que représente une centrale nucléaire. Mais il faut d’abord se poser la question de savoir à quoi tout cela sert. Le nucléaire c’est un cadeau plus qu’empoisonné. Avec des déchets qu’on veut enfouir dans le sous-sol comme on glisse la poussière sous le tapis, mais pour un million d’années. Tout ça pour avoir un peu plus d’éclairage dans nos villes ou le long des autoroutes belges.
Le vrai problème c’est le gaspillage. Nous avons besoin de l’énergie mais elle doit être utilisée au mieux. Il faut s’interroger en permanence sur la finalité de l’énergie. Lorsqu’une expérience est faite individuellement tout va bien. Mais la finalité est perverse. C’est vrai du clonage comme du nucléaire.
Je plaide pour une société qui se pose la question de la finalité de ses choix. Or, on ne s’interroge jamais sur la finalité de l’énergie pas plus qu’on ne se pose la question de la bombe atomique. Prenez le cas de la bombe française, qui est censé nous mettre à l’abri. Elle est inutile et néfaste. L’utiliser ? C’est le suicide à coup sûr… C’est un non sens.
Qu’il s’agisse du nucléaire civil ou du nucléaire militaire, les conséquences sont les mêmes : on est en train d’organiser le suicide à long terme de l’humanité. Sans que jamais on ne nous ait demandé notre avis. C’est tellement plus efficace quand on ne demande rien à personne ! Il existe une responsabilité collective de ceux qui ont décidé d’imposer ce mode d’énergie.
Le XX° siècle a connu bien des révolutions conceptuelles. Chaque fois que la science fait un progrès considérable cela a des conséquences sociales. Le XXI° siècle connaîtra des révolutions sociales provoquées par les révolutions conceptuelles du siècle précédent. Mais il s’agira de révolutions douces visant à transformer les rapports sociaux, d’abord par la mondialisation de l’éducation puis par celle de la démocratie. Il faut repenser la démocratie mondialisée. »

Albert Jacquard, né à Lyon le 23 décembre 1925, est un scientifique et essayiste français. Il est généticien et a été membre du Comité national d'éthique. Il est aussi un grand intellectuel. Albert Jacquard consacre l’essentiel de son activité à la diffusion d’un discours humaniste destiné à favoriser l’évolution de la conscience collective (Source : Wikipédia).
JLR
Posted: 2007/4/29 22:40  Updated: 2007/4/29 22:40
Membre+°
Joined: 2006/9/25
From: Rennes
Posts: 70
 Re: Science et politique un difficile compromis
Merci Clément pour cette synthèse qui me paraît très juste et pleine de bon sens. Mon caractère pessimiste me fait pourtant penser que nous ne sommes pas près de découvrir la solution énergétique du futur, celle qui sera viable pour tous et tout le temps. Mais si j’appliquais ce que je dis aux autres d’appliquer, j’aurais « foi en la science »… Mea culpa donc.

Merci aussi de nous resituer la sentence de M.Jacquard. Je ne connais pas l’œuvre de cette personne, mais ce qui en est cité ici me paraît plus que pertinent. Je crois pourtant ne pas partager sa conception du nucléaire militaire en ce qui concerne les pays pacifiés et pacifique (cas de la France, avant qu'un dangereux atlantiste ne se mette en tête de nous engager dans des situations "rocambolesquesé... Votons utile). Evidemment, je suis pour ne pas mettre des joujoux dangereux dans toutes les mains, que ce soit celles d’Ahmadinejad (ortho. incertaine) ou celles de Kim Jong Il. Cependant, dans le cas des démocraties occidentales (utilisons cette catégorie, même si on ne voit pas forcément bien ce que ça veut dire), notamment européenne, la conception de la défense nationale comme dissuasion est ce qui a poussé à l’armement nucléaire. Après Hiroshima et dans le contexte troublé de la Guerre Froide, où tous les pays voyaient l’Apocalypse à leur porte, se doter de l’arme nucléaire passait pour le meilleur moyen de ne pas se faire attaquer, car les représailles, le cas échéant, seraient terribles. Drôle de logique, certes, mais pas infondée dans le fond. Ceci explique la conception de la défense comme dissuasion, dissuasion des éventuels agresseurs extérieurs. Résultat : personne n’attaque personne car la moindre étincelle peut faire péter le monde. Evidemment, cette conception de la défense est largement défectueuse : outre qu’elle n’est pas précisément saine pour la sauvegarde de l’espèce, elle est totalement dépassée par les formes de la guerre moderne, le terrorisme au premier chef. Personne n’a suggéré de déloger Ben Laden de Tora Bora à la bombe H, et heureusement… Quand Jacquard dit qu’utiliser la bombe H, c’est le suicide assuré, il a parfaitement raison. Mais l’idée est de s’en doter pour ne pas avoir, justement, à risquer de l’utiliser.
Je ne suis pas plus militariste que nucléophile, je dis cela simplement pour donner un élément de compréhension de la situation actuelle de l’armement nucléaire en Occident, pour montrer que ce n'est pas le fait de quelques généraux sérieusement atteints du citron, mais le fruit d'une réflexion stratégique, aux conclusions plus que criticables, comme il se doit.

Le cas des OGM est également un excellent exemple de la distinction entre la recherche génétique et les appétits financiers de quelques yuppies de Monsanto. D’accord pour créer en laboratoire des blés hyper résistants, mais pas d’accord pour les exploiter à l’air libre, au risque de les voir coloniser et détruire les autres espèces de blé, sans parler des risques pour la santé publique, dont on sait encore très peu de choses.
clément
Posted: 2007/4/30 17:32  Updated: 2007/4/30 17:35
membre
Joined: 2006/9/22
From: Trois, Quatre...
Posts: 134
 Evolution - improbable - des consciences...
Justement de quel droit estimons nous, occidentaux que nous sommes, de qui des différentes nations serait autorisé à bénéficier de l'avantage stratégique (et énergétique) du nucléaire? Comment justifier que l'on accepte pas qu'Ahmadinejad ou Kim Jong Il n'aient pas la possibilité d'utiliser cette technique révolutionnaire dans leurs pays? Certes ceux-ci sont mis au ban des nations par les "démocraties", mais alors pourquoi l'accepte-on pour le Pakistan, l'Inde ou la Chine qui ne sont pas spécialement éxemplaires au niveau des libertés en général? Et même la France, les USA ou les autres démocraties ne sont pas à l'abri d'être dirrigés par des fous à l'ego surdimensionné qui pourrait à tout moment prendre des décisions absurdes - en tout cas face aux valeurs humanistes - au nom de l'impérialisme (cela aurait même tendance à se confirmer)...
Et vous me direz - à juste titre? - que ces pays ne feront jamais l'énorme bourde d'appuyer sur le bouton. Je vous dirai alors que c'est également vrai pour l'Iran ou la Corée du Nord qui ne sont quand même pas suicidaires...
Poussons le raisonnement plus loin et admettons que toutes les nations possèdent un jour l'arme nucléaire, ce qui n'est pas loin d'être le cas aujourd'hui où toutes les puissances (par les jeux d'alliances) en sont équipés, alors l'arme nucléaire n'aurait plus de raison d'être et le plus simple serait de tous s'en débarasser, puisque personne ne l'utiliserai jamais (a priori).
Pourtant, il est vrai que si une des nations se disait, je ne fais pas confiance aux autres, et décidai de se garder quelques bombes atomiques sous la manche, au cas où, ce désarmement n'aurait plus aucun sens et serai même dangereux. C'est dans ce sens, je pense, que Jacquard parle de suicide de l'humanité. Parce qu'inéluctablement tous les pays vont à terme, avoir cette arme. Or ce n'est pas l'arbalette ou la halebarde dont on parle ici mais bien d'un moyen de détruire l'ensemble des habitants de la planète Terre.
Tout ça me fait penser au film WarGame qui date à peu près des années 80 et qui explique, si je me souviens bien, comment un jeune génie de l'informatique qui s'amuse en piratant les ordis de l'armée américaine déclanche une crise nucléaire internationale...
En tout cas, on risque d'entendre encore beaucoup parler de ce truc, avant une évoltution improbable des consciences qui ferait que toutes les nations comprendrait l'absurdité de cette chose et agirait en conséquence...

Language

Info Articles
Total News: 178
Total Topics: 16
Total News: 672742

Latest News
· 1: Le mythe économique comme réalité illusoire
[Reads: 2239]
· 2: Juste pour le plaisir... Une petite citation
[Reads: 1598]
· 3: Choisir son maître n'est pas une liberté
[Reads: 1093]
· 4: L'invention de la crise, escroquerie sur un futur en perdition
[Reads: 1340]
· 5: Pour conclure - Finalité et intentionnalité
[Reads: 1496]
· 6: III - Expliquer, c’est répondre à la question « pourquoi ? »Et les anciens semblent avoir une réponse plus rationnelle - Finalité et intentionnalité
[Reads: 1489]
· 7: II - Quel est le pourquoi de l’esprit ? Comment penser l’émergence des phénomènes mentaux ? - Finalité et intentionnalité
[Reads: 1433]
· 8: I - Quelques platitudes et généralités : Rapide historique - Finalité et intentionnalité
[Reads: 1640]
· 9: Finalité et intentionnalité : Enquête sur l’interconnexion des problèmes de philosophie de la nature et ceux de l’esprit
[Reads: 2818]
· 10: Références bibliographiques - Il faut lire Frédéric Lordon
[Reads: 1604]

Most Read
· 1: Comment faire du vin soi-même ?
[Reads: 154951]
· 2: La récupération commerciale de l’image de Che Guevara
[Reads: 17342]
· 3: Harmonie Chaotique
[Reads: 13873]
· 4: Adentro
[Reads: 13221]
· 5: ¿Cuál es la diferencia entre República y Democracia?
[Reads: 12486]
· 6: Comment choisir son vin ?
[Reads: 11999]
· 7: Se solicita inspiración
[Reads: 10707]
· 8: Somos todos cartesianos…
[Reads: 10661]
· 9: Nous sommes le monde en devenir
[Reads: 10138]
· 10: Doña Eulalia
[Reads: 9820]

Last comments