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Cinéma : "Une Jeunesse Chinoise" : Tristesse et vacuité
Posté par JLR le 7-May-2007 (3070 lectures)
Cinéma

Sortez les mouchoirs, car je m’en vais vous parler d’un film déprimant. Une Jeunesse Chinoise n’est pas précisément funky, puisqu’il nous convie à un double enterrement : celui d’un amour fusionnel qui n’en finit pas de crever sur les cendres de la révolution ratée de 1989. Il vous reste des mouchoirs ? Parfait, je continue. Yu Hong, jeune provinciale indépendante, part étudier à Pékin où elle rencontre le beau Zhou Wei et les brûlures de la passion haute température. Mais les diamants ne sont pas si éternels, et la rupture des amants sert de prétexte au réalisateur, You He, pour nous livrer un exposé précis des affres du chagrin d’amour.


Cette éducation sentimentale démarre plutôt bien, avec de jolies couleurs et de bons acteurs, et tous les délices de l’amour naissant, dans une première moitié sensible et bien rythmée. Mais les choses se gâtent ensuite sous la mousson pékinoise, et quand l’amour de nos deux héros commence à battre de l’aile, c’est le film lui-même qui part à vau l’eau.


Dans la seconde partie, le temps s’allonge pour accueillir la chronique d’une lente agonie dans laquelle Lou Ye s’embourbe avec ses personnages. On est vite lassé de voir cette jeunesse perdue se heurter sans cesse aux murs de son existence et d’un scénario circulaire. Il y a là certes un réalisme défendable, comme une manière de dire que la vraie vie n’offre pas toujours de rémission, mais la vraie vie ne fait pas souvent les bonnes histoires. Pire, on se sent mal à l’aise face à l’impudeur de l’héroïne, qui nous raconte les déboires d’une intimité qui ne nous concerne pas, scènes érotiques sans génie à l’appui. Ce que ces gens nous disent, nous n’avons pas à l’entendre. Raison de plus pour se sentir bizarrement insensible aux sentiments douloureux qui les assaillent.



Le principal écueil se trouve dans le cruel manque de personnalité du regard que le cinéaste porte sur cette désillusion à rallonge. Le film se termine dans la contemplation hébétée de la désagrégation d’un couple et des mirages d’une jeunesse chinoise pas bien fine, qui cultive ses échecs avec une complaisance surprenante. L’effet dramatique serait pourtant au rendez-vous s’il n’était coupé dans son élan par cette caméra paresseuse, sans vigueur ni rigueur, qui se dilue dans son sujet sans faire l’effort de le montrer vraiment. Par définition, le néant n’est pas spectaculaire, il n’y a que l’intelligence du style pour lui faire dire quelque chose. C’est cette intelligence qui signe le succès d’un film comme Lost in Translation ou des livres de Don Delillo, autant de chroniques du vide portées par une puissance narrative apte à pallier les creux du contenu.

Au contraire, non content de tourner dans son bocal, notre gros poisson (deux heures vingt au compteur) finit par s’y noyer faute d’oxygène. Aux deux enterrements de l’histoire s’en ajoute un troisième, car c’est finalement à l’agonie de son film que Lou Ye nous convie. Entre l’autisme des personnages face à leur histoire et l’asphyxie progressive du propos, il ne reste en bout de course que quelques belles scènes où la tristesse infuse dans une infinie douceur. Peu de choses en somme.

JLR

 


PS : ce texte devait au départ être lu sur les ondes de Radio Campus Rennes (RCR, 88.40 FM), dans l'émission Arts Scéniques et Bonnes nouvelles, du lundi au vendredi de 18h30 à 20h00.

 

Au programme, ciné, littérature, arts pla, théâtre et musique dans la vie rennaise et ailleurs, sans chichis et de derrière les fagots. Fabrication artisanale garantie, certifié sans pub. Ecoutez nombreux !

 


 

Rappelons que Lou Ye fait l'objet d'une interdiction de tourner dans son pays - la Chine - pendant cinq ans, les censeurs chinois l'ayant condamné au prétexte qu'il a présenté son film sans leur autorisation.

 

Il s'agit d'un acte particulièrement grave, qui n'empêchera sans doute pas Lou Ye de tourner ailleurs dans le monde, mais qui en dit long sur les opportunités d'expression dans ce bel empire du milieu...

A ne pas oublier.

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Conversation
invité(e)...
Posté le: 7/5/2007 17:05  Mis à jour: 7/5/2007 17:05
 Re: Tristesse et vacuité
Merci de nous changer les idées avec ton article plein de joie et de bonne humeur.
Non vraiment, le reveil est difficile...
JLR
Posté le: 9/5/2007 12:09  Mis à jour: 9/5/2007 12:09
Membre+°
Inscrit le: 25/9/2006
De: Rennes
Envois: 70
 Re: Tristesse et vacuité
Désolé... La prochaine fois je peux parler de Christian Clavier, mais je ne suis pas sûr que ce sera très marrant non plus... Il n'y a pas beaucoup de raisons d'être joyeux en ce moment.
invité(e)...
Posté le: 10/5/2007 1:27  Mis à jour: 10/5/2007 1:27
 je vois poindre l'espoir à l'horizon
...
invité(e)...
Posté le: 12/5/2007 11:56  Mis à jour: 12/5/2007 11:56
 Re: je vois poindre l'espoir à l'horizon
ce film a il quelque chose à voir avec "still Life" de Jia Zhang Ke qui se passe en Chine et parle du barage des trois gorges, le plus grand du monde???...
invité(e)...
Posté le: 12/5/2007 12:05  Mis à jour: 12/5/2007 12:05
 Re: je vois poindre l'espoir à l'horizon
Que est le nom du film dont tu nous parles JLR? je ne crois pas que tu le dises
JLR
Posté le: 12/5/2007 15:48  Mis à jour: 12/5/2007 15:48
Membre+°
Inscrit le: 25/9/2006
De: Rennes
Envois: 70
 Un manque criant de professionalisme
Le titre est "Une jeunesse chinoise", je ne crois pas l'avoir oublié dans l'intro ?
Autrement, aucun rapport avec "Still Life", de Jia Zhang Ke, sorti il est vrai juste après. "Still Life" est plutôt pas mal à mon goût, avec son rythme lent parfois un peu trop ramolli, mais surtout avec un art du cadrage et de la couleur à couper le souffle, et de longues scènes silencieuses où tout est pourtant dit... A voir.

Rappelons simplement que Lou Ye fait l'objet d'une interdiction de tourner dans son pays - la Chine - pendant cinq ans, les censeurs chinois l'ayant condamné au prétexte qu'il a présenté son film sans leur autorisation. Il s'agit d'un acte particulièrement grave, qui n'empêchera sans doute pas Lou Ye de tourner ailleurs dans le monde, mais qui en dit long sur les opportunités d'expression dans ce bel empire du milieu... A ne pas oublier.

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